COVID-19: Le WADPN fournit des interventions humanitaires d’urgence pour les usagers de drogues (UD)

COVID-19: Le WADPN fournit des interventions humanitaires d’urgence pour les usagers de drogues (UD)

COVID-19: Le WADPN fournit des interventions humanitaires d’urgence pour les usagers de drogues (UD)

Alors que l’Afrique de l’Ouest devient progressivement une plaque tournante importante pour le commerce mondial des drogues illicites, la politique en matière de drogues dans la région a montré des faiblesses considérables. Les États d’Afrique de l’Ouest continuent ainsi de traiter les usagers de drogue (UD) comme des criminels. Au cours du COVID-19, les conditions vulnérables sous-jacentes des usages de drogue (UD) ont été intensifiées par le virus et les mesures de confinement. Dans ce contexte, le West Africa Drug Policy Network (WADPN, « Réseau sur la politique des drogues en Afrique de l'Ouest  » en français) a mis en œuvre un programme d’intervention d’urgence pour atténuer l’impact de la pandémie COVID-19 sur les usagers de drogue qui a prouvé son efficacité.

Risques et défis supplémentaires pour les usagers de drogues pendant la COVID-19

Au cours des dernières décennies, l’Afrique de l’Ouest est progressivement devenue une plaque tournante importante pour le commerce mondial des drogues illicites. Selon le rapport de WACSI sur le trafic de drogue, la production et la consommation en Afrique de l’Ouest (2018), les pays ouest-africains ont non seulement émergé comme sources d’exportation de drogues, mais aussi comme points de transit pour l'expédition de drogues telles que la cocaïne et l’héroïne, venant d’Amérique du Sud et d’Asie du Sud-Est vers l’Europe, l’Amérique du Nord et le Moyen-Orient. Le continent africain est aujourd’hui le deuxième marché principal du cannabis dans le monde après les Amériques, tandis que l’Afrique de l’Ouest représente 78 % du total des saisies de cocaïne sur le continent. Le commerce de la drogue est une question essentielle pour le développement et la prospérité de la région car il constitue une menace importante pour le processus de démocratisation, la croissance économique, les droits de l’homme, l’autonomisation des femmes et l’Etat de droit.

Alors que le commerce de la drogue a explosé, le nombre d’usagers de drogue dans toute la région est également en train de prospérer. La pandémie de COVID-19 a exacerbé les difficultés économiques, sociales, sanitaires et liées au logement auxquelles font face les usagers de drogue. Ainsi, le chômage ou le manque d’emploi stable a causé des difficultés économiques pour les usagers de drogue, certains vivant dans des milieux précaires ou étant sans abri. D’autre part, les petits trafiquants de drogue et les toxicomanes vulnérables sont plus enclins à des arrestations arbitraires et à de longues peines d’emprisonnement pour vagabondage, possession ou consommation de drogue. D’autre part, les usagers de drogue risquent davantage de contracter non seulement l’hépatite B, l’hépatite C et le VIH/Sida, mais aussi d’autres maladies sexuellement transmissibles (MST) et la tuberculose. Étant donné qu’ils sont généralement confrontés à l’exclusion sociale et à la stigmatisation de la part des communautés dans lesquelles ils évoluent, ils sont aussi moins susceptibles d’avoir accès aux services de traitement de base.

Ainsi, ces conditions précaires expliquent pourquoi, durant la pandémie de COVID-19, les usagers de drogue ont encore plus de difficultés à accéder aux équipements de protection individuelle (EPI). Leurs chances d’obtenir le virus sont importantes car les usagers de drogue peuvent se retrouver détenus dans des prisons déjà surpeuplées. En effet, le problème est que les États d’Afrique de l’Ouest traitent actuellement la consommation de drogues comme un problème lié à la justice pénale plutôt qu’un enjeu de santé publique. Enfin, la tendance des usagers de drogue à partager leurs drogues et leur matériel d’injection les expose davantage au virus, tandis que les conditions de logement précaires les empêchent de respecter les mesures de confinement. 

Le programme d’intervention d’urgence lié à la COVID-19 du réseau WADPN

Reconnaissant les nombreux défis auxquels les usagers de drogue sont confrontés en Afrique de l’Ouest, le West Africa Drug Policy Network (WADPN) a mis en œuvre un programme d’intervention d’urgence lié à la COVID-19 pour atténuer l’impact négatif de la pandémie sur les conditions sociales, économiques et sanitaires déjà vulnérables des usagers de drogue.

Depuis l’apparition de la pandémie de COVID-19 en Afrique de l’Ouest, le réseau WADPN a contacté plus de 400 usagers de drogue de 4 pays d’Afrique de l’Ouest pour leur fournir des informations crédibles sur les mesures préventives, les signes et les symptômes du coronavirus. Grâce à un réseau de 600 organisations de la société civile (OSC) ouest-africaines, le réseau s’est impliqué auprès des usagers de drogue habitant au Mali, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire et au Nigéria pour les encourager à ne pas organiser de rassemblements et partager les substances. Pour faire face à l’impact économique et sanitaire de la pandémie, le réseau WADPN a fourni des équipements de protection individuelle (EPI) et des produits alimentaires. WADPN a également fourni aux usagers de drogue du matériel d'injection pour les drogues. D'autre part, le réseau a facilité l’accès des usagers de drogue à des services de traitement et de désintoxication ainsi qu’à du matériel d’injection. Enfin, les partenaires du réseau WADPN de tous les pays de la région ont collaboré avec les agents de police afin de réduire les descentes dans les milieux liés à la consommation de drogues et de limiter les incarcérations et les détention des usagers de drogue pour vagabondage, possession ou consommation de drogues.

« Avant WADPN, nous étions ignorés par tout le monde »

Interrogé par WACSI, le directeur exécutif du réseau WADPN, Prince Bull Luseni, a parlé de l’impact du programme d’intervention d’urgence lié à la COVID-19. « Avant le COVID-19, les policiers avaient l'habitude de faire des descentes aussi souvent que possible. Mais avec nos interventions au Nigeria et au Mali, les descentes ont considérablement diminué, et il y a eu peu d’arrestations pour vagabondage ». Combiné aux efforts continus que le réseau a fourni pour échanger avec des décideurs de haut niveau concernant les politiques en matière de drogue, il ne fait aucun doute que le réseau WADPN contribue à une meilleure protection des usagers de drogue et une sensibilisation plus efficace autour de la nécessité des réformes des politiques en matière de drogues.

Les usagers de drogues qui ont été ciblés par l’initiative du réseau WAPDN ont confirmé l’impact positif de l’initiative sur leur bien-être. Parmi les 204 bénéficiaires de l’initiative au Mali (à Sikasso et Koutiala), un participant a félicité WADPN pour son travail et a souligné que les usagers de drogue bénéficient rarement de ce genre d’initiatives. « Avant la venue du financement de WADPN, nous n’avions pas reçu de soutien pour la lutte contre la COVID-19 car on était ignoré par tout le monde. Ce financement de WADPN a permis à nous usagers de drogues de Sikasso de connaitre davantage ce que c’est que la COVID-19 ; nous avons appris comment se protéger et protéger nos autres collègues ».

Un autre participant a également remercié WADPN pour son soutien : « Ce que fait WADPN est non seulement profitable pour nous usagers de drogue, mais aussi pour tout le monde car nous avons aussi des familles et d’autres amis qui ne fréquentent pas les ghettos. Nous avons maintenant bien compris et adopté les gestes barrières et nous sensibilisons d’autres amis à travers la ville. Je remercie beaucoup WADPN pour ce don ». 

Rejoignez le West Africa Drug Policy Network !

Que devraient retenir les lecteurs de WACSI sur le réseau WADPN et son travail ? À cette question, Prince Bull Luseni a répondu en soulignant la nécessité de dépénaliser la consommation de drogues et de considérer les usagers de drogue comme des humains plutôt que comme des criminels. « Les gens qui consomment de la drogue ont besoin d’aide, ils ont besoin de soutien et ils n’ont pas besoin d’être punis parce qu’ils prennent de la drogue ou parce qu’ils sont dépendants à la drogue. Et la seule façon de les aider est de considérer la consommation de drogues comme un problème de santé publique et non comme une question de justice pénale ».

Etes-vous d’accord avec cette affirmation ? Êtes-vous un individu ou une organisation intéressé par les réforme des politiques en matière de drogue ? Si c'est le cas, veuillez vous inscrire sur le site internet du réseau WAPDN accessible ici pour rejoindre le réseau et bénéficier d'opportunités de financement pour des programmes de recherche, de plaidoyer et de formation.

À propos de WADPN: WADPN est un réseau d’individus et d’organisations de la société civile avec une expertise variée dans les droits humains, la santé publique et la justice pénale, entre autres. Ils dirigent des efforts de plaidoyer fondés sur des données fiables pour que la politique des drogues soit enracinée dans les droits humains, la santé publique et le développement durable, et pour réformer les politiques désuètes en matière de drogues. 

Auteure : Ysé Auque-Pallez.

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