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Institut de la Société Civile de l’Afrique de l’Ouest

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Ré-imaginer la transformation de nos communautés

L’innovation n’est pas synonyme de technologie complexe. Chaque jour, plusieurs communautés à travers l’Afrique découvrent des moyens créatifs en vue de contribuer de manière significative à leurs vies, avec ou sans la technologie. Leurs défis constituent une source de créativité qui les conduit à essayer diverses approches avec des outils de base, des ressources limitées et la volonté de vivre, et s’inspirent des opportunités pour transformer leurs vies. Le monde est une suite de chaines de valeur où chacun doit se trouver une place. 

Par exemple, à Agbobloshie au Ghana, une économie circulaire (processus continu de création de valeurs tout en réduisant les effets sur la planète) défie les critiques. Considéré comme l’endroit le plus toxique de la terre, Agbobloshie est une usine urbaine à ciel ouvert où les jeunes se servent de leurs esprits créatifs pour créer des composants clés d’un centre de fabrication à partir des déchets métalliques récupérés dans des tas d’ordures. Environ 10 000 à 20 000 jeunes réintroduisent dans l'économie, des fils de cuivre et des parties encore utiles des équipements électroniques mis au rebut. De produits électroniques rénovés à des marmites de cuisine en passant par des casseroles, pour n'en nommer que quelques-uns, tout peut être utile.

Comment pouvons-nous réimaginger les communautés afin qu'elles s’engagent dans le souci d’apprendre ? En fin de compte, la capacité à ré-imaginer « l'Afrique que nous voulons » grâce à notre propre culture et vision est une étape cruciale vers une transformation socio-économique qui prenne tout le monde en compte.

Pour instiguer ce changement, nous devons nous lancer dans un projet commun visant à réunir les acteurs et les décideurs de nos économies formelles et informelles au bénéfice des communautés dans lesquelles ils prolongent la chaîne de valeur. Les commerçants ambulants possèdent des compétences que les étudiants en marketing, en logistique, en entrepreneuriat et en économie, pour n'en citer que quelques-uns, doivent acquérir pour pouvoir élaborer et mettre en œuvre des politiques pour notre Afrique. J’ai toujours été fasciné par les aptitudes des personnes capables d’offrir différents biens et services quels que soit les conditions météorologiques, les endroits et les événements m’ont toujours fasciné. Notre responsabilité est d'exploiter leurs compétences dans le but d’éduquer, transformer et prospérer grâce à un système éducatif transformé qui crée des acteurs, des novateurs et des participants actifs.

Grâce à ce projet, les acteurs, les commerçants, les fabricants et les décideurs auront l’occasion de mieux se connaitre tout en créant un mécanisme de redéfinition de « l’Afrique que nous avons ». Dans une économie circulaire, nous saisissons sans cesse des opportunités afin de transformer les communautés au long des chaînes de valeur existantes tout en reconsidérant la fin de vie d’un produit. Il s’agit d'offrir plus de possibilités créatives aux jeunes et aux femmes par le biais des solutions locales.

Il existe plusieurs solutions locales capables de susciter notre transformation socio-économique sur le continent. Par exemple, l'architecte Diébédo Francis Kéré a créé de nouvelles opportunités pour réinventer le design et l'architecture africaine grâce à des matériaux régionaux et Pierre Thiam a fait revivre un grain de fonio datant de cinq mille ans pour redonner vie au Sahara. Pourtant, nous avons été amenés à croire que la technologie importée et les concepts venant de l’extérieur sont la solution à nos problèmes. Nous devons nous rendre compte de la possibilité de transformer les débris métalliques en marmites, des bouteilles en plastique en récipients pour jus de bissap, des bouteilles Johnny Walker en contenants d'arachides, etc.

Les trieurs d’ordures en Argentine et en Afrique du Sud jouent un rôle essentiel dans l'économie formelle en associant ces activités informelles à la chaîne de valeur du recyclage. De leur nécessité, ils arrivent à créer des emplois pour leurs communautés, ce qui réduit la pression sur l'économie formelle. Cela est courant. La majorité des Africains ont participé à l'économie informelle et ces emplois représentent 93% des nouveaux emplois créés. C'est une grande entreprise avec peu d’incitation à formaliser. Nous avons des structures informelles qui forment nos économies. Ceci la réalité. Le défi est d’identifier l'informalité dans son essence, ensuite redéfinir les économies formelles en vue de l’objectif à notre portée qui est de : transformer les 55 pays de l’Afrique.

Notre devoir est de réimaginer nos économies, en élaborant des approches participatives dépassant l'étiquette "toxique". Les innovateurs dans les communautés font une vraie différence dans la vie quotidienne de plusieurs personnes qui peinent à s’en sortir avec les ressources limitées de leurs communautés. Nous devons tous agir dans ce sens.

L'Afrique que nous avons, constitue la base d'une mise en œuvre entière d'une économie circulaire. Une fois bien exploité, Agbobloshie,  deviendra le centre de l'économie circulaire en matière d'électronique et de fabrication. C'est faisable si nous allons au-delà de notre imagination actuelle. C'est en cours de réalisation. Mobilisons nos ressources pour atteindre cet objectif. Nous pouvons le faire. Le moment est venu de passer à l’action. 

Carl Manlan est le Directeur des opérations à la fondation Ecobank. Écomiste, membre des programmes Mo Ibrahim Foundation 2014 et ASPEN New Voices 2016. Il écrit cet éditorial pour WACSI en sa capacité personnelle.

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