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Institut de la Société Civile de l’Afrique de l’Ouest

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Editorial de WACSI : Faire du rattrapage ou prendre de l’avance – L’IA en Afrique de l'Ouest

Il y a deux ans, le Forum Économique Mondial (WEF) a publié un rapport très inquiétant qui indiquait que la quatrième révolution industrielle entraînerait des changements importants sur les marchés du travail, ce qui entraînerait la perte de plus de 5 millions d'emplois au cours des cinq prochaines années[1]. Plus récemment, nous avons appris que "d'ici 2040, jusqu'à 20 milliards d'emplois pourraient être en jeu dans le monde, car les robots et les autres systèmes numériques sophistiqués occupent un plus grand rôle dans la production."[2]

Dans une région où le taux de chômage est élevé et où l'explosion de la jeunesse est une menace, toutes les données qui prédisent d'autres tendances du chômage attirent mon attention. L'une des causes de la perturbation de la quatrième révolution industrielle est l'intelligence artificielle (IA). Le terme IA a été inventé par John McCarthy en 1956 à l'Université de Dartmouth et signifie en général, la capacité des machines à imiter le comportement intelligent des hommes.

En Occident aujourd'hui, le public est de plus en plus conscient de l'omniprésence de l'IA et de la façon dont elle affecte tous les aspects de leur vie. Le récent scandale Facebook sur la confidentialité des données a soulevé un tollé général et a mis en évidence la nécessité d'un système de surveillance et de contrôle renforcé pour la gestion et l'utilisation des données personnelles. En revanche, j'ai la nette impression que nous n'accordons pas suffisamment d'attention à ce problème en Afrique et plus particulièrement en Afrique de l'Ouest. C'est là que la société civile intervient.

La société civile doit commencer à sensibiliser les principales parties prenantes et les décideurs sur l'impact potentiel de l'IA dans la région. Par exemple, un rapport de McKinsey a révélé qu'en Afrique du Sud, où le taux de chômage atteignait près de 30% en 2017, l'automatisation pourrait déplacer près de 13% des activités actuelles du pays d'ici 2020.[3] De même, l'Éthiopie pourrait être affectée par des perturbations au niveau des secteurs de l’agriculture et de la fabrication de textiles en raison de l'automatisation croissante.[4] Encore une fois, au Botswana, les robots auraient affaibli la capacité des caissiers et des vendeurs à plaider en faveur d'une augmentation des salaires et des avantages sociaux.[5]

Mais la société civile ne devrait pas s’abandonner à des prévisions catastrophiques.

Il existe des exemples innovants d'Intelligence Artificielle actuellement utilisés sur le continent pour favoriser la croissance et le développement. Certains d'entre eux sont:

 - Kudi.ai, est une application basée sur l'IA et lancée en 2017 au Nigeria pour faciliter les paiements via les canaux de messagerie pour les Africains. Kudi aide les clients à acheter des crédits, à payer leurs factures et à envoyer de l'argent à leurs proches grâce à des applications de messagerie comme Facebook, Messenger, Télégramme, Skype et le Web Chat. Il rend ainsi les paiements peer-to-peer plus faciles en utilisant un chatbot.[6]

 - MinoHealth est une application basée sur l'IA développée au Ghana par un groupe d’experts de l'informatique et de la santé pour prédire et diagnostiquer les conditions médicales des patients.[7] L’objectif est de démocratiser la qualité des soins de santé au Ghana.[8]

 - Sophie Bot est une application de santé sexuelle et génésique qui utilise l'IA pour fournir aux utilisateurs des informations crédibles sur la santé sexuelle et reproductive à travers des conversations animées par des chats textuels ou vocaux. L'application, conçue par un groupe de six étudiants en Agriculture et Technologie de l'Université Jomo Kenyatta, aurait révolutionné l'accès à l'information sur la santé sexuelle au Kenya.[9]

 - Aeroview, développé par Aerobotics, une start-up en Afrique du Sud, utilise l'IA pour aider les agriculteurs à augmenter leur productivité et à réduire les pertes de récoltes. Ceci est fait en utilisant des drones et des satellites pour traiter les données géographiques et l'imagerie infrarouge et offrir des solutions optimisées.[10]

Il est donc essentiel que la région se positionne pour atténuer les risques latents de l'IA tout en tirant parti de ses avantages potentiels. La Fondation World Wide a plaidé pour un dialogue politique sur l'IA en Afrique et fait un certain nombre de recommandations que la société civile en Afrique de l'Ouest pourrait suivre.[11] Par exemple, ils recommandent:

1. La création de plateformes multipartites pour discuter de l'impact de l'IA.

2. L'élaboration d'une stratégie nationale sur l'IA pour influencer et guider l'action coordonnée dans chaque pays afin de tirer parti des avantages de l'IA.

3. L'utilisation de l'IA pour améliorer la fourniture des biens et services publics, particulièrement ceux qui ciblent les groupes marginalisés. Il y a plusieurs exemples passionnants du secteur privé dont nous pouvons nous inspirer.

4. La mise en place des cadres juridiques, des codes et comportements efficaces pour assurer la protection et l'utilisation responsable des données au sein des gouvernements, des entreprises et de la société civile.

5. Fournir une formation sur l'IA accessible à tous, particulièrement aux groupes marginalisés tels que les filles et les groupes à faible revenu. En effet, Donald Kaberuka, l'ancien Président de la Banque Africaine de développement, recommande également la réorientation des systèmes éducatifs vers une économie plus numérique.[12]Selon lui: "Le défi auquel nous sommes maintenant confrontés est de s'assurer que les jeunes sont formés sur les emplois de l'avenir, pas les emplois du passé."

Nous sommes face un défi. La quatrième révolution industrielle va radicalement changer le monde tel que nous le connaissons avec l'intelligence artificielle au cœur de ce changement. En Afrique de l'Ouest, nous avons le choix; la société civile peut nous aider à faire le bon choix. Nous pouvons faire du rattrapage et du nettoyage ou nous pouvons commencer à prêter attention à l'IA et aux opportunités qu'elle offre.


 

[1] Forum Economique Mondial (2016).  The Future of Jobs. [En ligne] disponible au: http://www3.weforum.org/docs/WEF_Future_of_Jobs.pdf.

[2] Rwirahira, Rodrigues. (30 Juillet 2017). “Africa warned of Artificial intelligence impact on economies.” Disponible au: http://www.theeastafrican.co.ke.

[3] Novitske, Lexi (12 Fév. 2018). “ The AI Invasion is coming to Africa (and It’s a Good Thing)” Disponible au: https://ssir.org/articles

[4] Id.

[5] Id.

[6] Un chatbot est un programme informatique capable de simuler une conversation avec des utilisateurs humains par Internet.

[7] Citifm. (12 Aout 2017). “Ghanaian develops Artificial Intelligence healthcare system.” Disponible au:  http://citifmonline.com/2017/08/12

[9] Capital FM. (9 Février 2017). “JKUAT Students Develop Sophie Bot Sexual Reproductive Health App.” Disponible au https://www.capitalfm.co.ke

[10] Genrwot, Jeddy. (31 Octobre 2017). ”Impact and Growth of Artificial Intelligence on Business in Africa.” Disponible au: https://pctechmag.com

[11] World Wide Web Foundation. (2017). Artificial Intelligence – Starting the Policy Dialogue in Africa [en ligne]. Disponible au:  https://webfoundation.org.

[12] Rodrigues à la page 1

Taaka Awori est le directrice générale de Busara Africa. Elle est conseillère en leadership, formatrice et coach professionnelle dans le secteur privé, la société civile et le secteur public. Elle est également membre du conseil d'administration de WACSI. Elle écrit cet éditorial à titre personnel.

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